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Precision Rifle Shooting

Precision Rifle Shooting

TECHNIQUES DE TIR DE PRECISION MID ET LONG RANGE

PRESSION COMPETITION

L'auteur est un certain William Pullum. Bill Pullum entraineur de l'équipe US dans les années 70, parti de pas grand chose, réussi à emmener cette équipe sur les podiums des championnats du monde et aux jeux olympiques. Ce livre est traduit de l’américain par François et Cécile Décima. Ces articles sont parus dans plusieurs numéros de la revue "Les cahiers du pistolier et du carabinier".

Pression

Pression

ici on parle de pression du "match" comme de toute épreuve mettant le tireur dans "l'obligation volontaire" de se confronter aux autres, que se soit lors d'un concours local ou lors d'un championnat de France. Il s'agit simplement d'un état d’excitation nerveuse.

Généralement, on ressent cette pression au moment où on débute le deuxième match de sa carrière. Moins au moment du premier : "je suis nouveau, personne n'attend rien de moi, je n'ai pas de place ou de réputation à défendre, je vais faire de mon mieux et on verra bien".

Au deuxième match, sans même avoir de podium en vue ou un copain à battre, on veut tout de même faire mieux que le première fois...Et c'est parti, on se la met tout seul...la pression.

C’est normal et naturel. Mais si ce n’est pas contrôlé, cela peut détruire l’efficacité du tireur, si c’est contrôlé, cela peut être véritablement employé à augmenter le niveau d’efficacité.

Certains tireurs qui savent canaliser cette pression l’utilisent pour se pousser au-dessus des résultats qu’ils ont obtenus en séance d’entraînement.

Et cette utilisation peut être apprise par quiconque voulant faire cet effort mais il n’existe pas de moyen pour créer une réussite immédiate à partir de la pression du match.

Cependant, si celle-ci peut être comprise et acceptée, elle peut être contrôlée par la mise en œuvre d’un programme d’entraînement adapté.

Le “secret” est simplement et uniquement en une discipline mentale acquise par un entraînement continu.

On peut décomposer la pression du match en deux phases :

La phase 1 est simplement une crainte physiologique qui stimule et excite le système nerveux.

Ceci provoque, entre autres choses, une élévation de la perception sensorielle et un accroissement de la conscience de l’environnement.

La phase 2 débute quand les éléments de l’environnement, ne concernant pas la séquence de tir, commencent à interrompre la concentration. Des mouvements hors de la zone de la cible, que normalement le tireur ne remarque pas, deviennent des causes de distraction.

Des sons, que normalement il n’entend pas, interrompent la concentration. Le tireur prend soudain conscience des gens sur le pas de tir, et peut s’imaginer qu’ils sont tous en train de le regarder.

Son sens du toucher devient plus aigu et il prend conscience de tous les mouvements qu’il fait, il peut commencer à se sentir embarrassé.

Les effets de la phase 2 peuvent alors initier un accroissement de la phase 1 – comme le tireur commence à douter en sa capacité de concentration, sa peur augmente.

Résultat : avec cette peur qui s’accroît, le relais est pris par la phase 2 : la conscience de l’environnement augmente encore plus.

Un effet de spirale est alors enclenché, la phase 1 et la phase 2 agissant l’une sur l’autre et combinant leurs effets, si bien que rapidement le tireur perd complètement sa capacité de concentration. De ces deux phases, la première, la crainte, est probablement inévitable dans une certaine mesure.

Nous avons simplement oublié que nous sommes des prédateurs et des chasseurs, nos sens sont plus affûtés dans de telles conditions.

L’accroissement de la perception sensorielle résultant de cette excitation peut cependant être utilisé de façon positive. La deuxième phase, la distraction provoquée par l’environnement, ne peut être que nuisible. Elle peut être contrôlée, cependant, par la discipline mentale.

La première phase, déjà décrite, est simplement une peur.

On peut définir la peur comme une réaction physiologique à une situation menaçante. C’est une partie de notre équipement de survie, qui a probablement été développée voici bien longtemps au cours de l’évolution de notre genre humain.

Elle est souvent appelée “la réaction d’attaque ou de fuite”.

Devant une menace, le corps réagit automatiquement pour se préparer à faire face, soit en affrontant la menace, soit en la fuyant. Chaque alternative demandera des efforts physiques.

Les capsules surrénales sécrètent rapidement une dose accrue d’adrénaline, qui accélère certains des processus corporels ; le foie envoie vite du sucre dans le sang, pour fournir du combustible ; les fréquences cardiaque et respiratoire augmentent anticipant l’augmentation d’oxygène que le corps va demander ; les muscles non volontaires de l’appareil intestinal deviennent moins actifs et plus tendus, permettant une augmentation de flux sanguin vers les muscles volontaires.

Tout le système nerveux devient excité, accélérant la vitesse des ordres vers les muscles volontaires, amplifiant les sens de la vue, de l’ouïe, du goût, du toucher, de l’odorat, et accélérant les processus de la pensée. En conséquence de l’accroissement du flux sanguin, de la transpiration peut apparaître aux aisselles et aux paumes des mains.

A la limite la peur peut devenir si intense que des symptômes supplémentaires apparaissent: une transpiration importante sur tout le corps, d’incontrôlables tremblements des muscles, une perte de contrôle des boyaux et de la vessie, un évanouissement, et, dans les cas extrêmes, un arrêt cardiaque.

Cependant ces symptômes extrêmes n’apparaissent en fait que dans des cas inhabituels de peur, et nous espérons qu’aucun de nos lecteurs n’a jamais subi une pression du match d’un tel excès !

Quelques causes courantes de la pression du match

Parce qu’elle est une réponse physiologique innée, la peur apparaît automatiquement toutes les fois que nous faisons face à une situation de menace.

Maintenant, nous pouvons remarquer que l’espèce de peur correspondant à la pression du match peut être parfois mieux définie par le mot anxiété. L’anxiété est une peur diffuse.

La peur est la réaction à une menace spécifique ; l’anxiété est la réaction à une menace non spécifiée, généralisée.

C’est de la peur qu’éprouve quelqu’un dans la jungle, face à un lion affamé.

Une personne dans la jungle qui n’est face à aucun danger précis, mais qui craint que quelque chose de mauvais puisse lui arriver, éprouve de l’anxiété. Fondamentalement la peur et l’anxiété provoquent toutes deux les mêmes réactions physiologiques.

Pour la plupart des tireurs, la pression du match n’est pas la peur qu’une chose particulière les menace, mais plutôt que quelque chose peut menacer leur efficacité. C’est quelque chose d’inconnu, d’imprécis, qui peut arriver.

L’anxiété est probablement d’une façon ou l’autre impliquée dans l’expérience commune de la pression du match. Mais il y a des origines habituelles à la pression du match, que celle-ci soit ressentie comme de la peur ou comme de l’anxiété. Il peut être utile d’identifier certaines de ces origines. Pour un débutant c’est en général la peur de se classer le dernier.

Pour le tireur moyen cela peut être la peur de réaliser un score particulièrement mauvais, ou la peur de réaliser un score particulièrement bon. Pour le tireur de haut niveau, cela peut être la peur de ne pas gratter les derniers points qui font la différence entre gagner et finir deuxième.

En général le débutant craint de se déshonorer devant ses camarades de tir. Personne ne veut finir dernier, ne veut avoir le score le plus bas.

Il pourrait être utile au débutant, cependant, de reconnaître que probablement seuls ses meilleurs amis feront attention à son résultat, et qu’ils ne s’écarteront pas de lui à cause d’une seule mauvaise performance. Si eux aussi sont des débutants, ils pousseront un soupir de soulagement de ne pas finir eux-mêmes derniers, et probablement n’en parleront plus, de peur que la chance tourne la prochaine fois.

Le tireur moyen affronte un problème assez différent. Il est arrivé à un certain niveau, et est supposé réaliser un certain score. S’il tombe trop en-dessous de ce score, il se sentira déshonoré ; et de plus s’il tire trop bas sous ce score, et gagne quand même, il peut affronter une autre sorte de déshonneur : On dira que sa victoire est le fait de la chance, et il craindra probablement d’être incapable de répéter ce score, et tout le monde saura que c’était de la chance.

Deux remarques sur cette peur.

La première, c’est que beaucoup de matches sont gagnés chaque année par des inconnus sortis du néant.

Est-ce uniquement de la chance ? Sans doute y a-t-il une part de chance, mais plus vraisemblablement c’est la chance d’être dans le coup ce jour-là. Cela arrive à tous les tireurs, quelle que soit leur expérience.

Certains jours, vous ne pouvez tout simplement pas faire de faute. Quand cela arrive, vous tirez au sommet de vos capacités. Vous avez intégré tous les constituants du processus de tir et tout marche bien pour vous.

C’est de la chance seulement parce que c’est le jour du match que tout marche bien pour vous.

Mais c’est un résultat qui reste dans les limites de vos capacités.

La seconde remarque est que fréquemment ces inconnus continuent de tirer à ce niveau-là.

Pas toujours, bien sûr, et peut-être pas pour deux ou trois matches, ou même plus ; mais un grand bond du score lors d’un match met souvent à jour un potentiel jusqu’alors latent, et souvent suscite la confiance et le désir nécessaires pour maintenir ce nouveau niveau de performance, plus élevé.

Si vous avez en match un niveau moyen, et si soudain vous vous retrouvez être à point, essayez de réaliser que ce nouveau niveau de performance est vraiment dans les limites de vos capacités.

Cette expérience peut bien être la meilleure chose qui puisse vous arriver en ce qui concerne vos futures performances. Cette histoire heureuse, beaucoup d’autres l’ont vécue dans le passé; laissez-la maintenant être vécue par vous.

Le tireur de bon niveau affronte une autre sorte de peur.

Il connaît sans doute le score qu’il doit faire pour gagner, et il sait sans doute qu’il peut gagner si tout simplement il ne fait pas d’erreur. Ce qu’il éprouve, c’est plus de l’anxiété que de la peur. Il ne sait pas quelle faute il pourrait faire, il sait seulement qu’il pourrait faire une faute.

Le danger qu’il affronte, sur lequel nous reviendrons plus loin, est, plus que toute autre chose, de penser aux fautes qu’il pourrait commettre. S’il pense trop à elles, il est sûr de commettre l’une d’elles.

Contrôler la pression du match : la discipline mentale.

Maintenant la question est de savoir comment contrôler la peur et l’anxiété éprouvées pendant un match.

La première étape est d’admettre que la peur est une réaction naturelle, involontaire, et d’admettre son existence.

Bien sûr, ce n’est pas facile.

La peur elle-même peut faire peur. Mais plus elle devient familière, moins elle fait peur.

C’est pourquoi un carabinier devrait se soumettre à la pression du match toutes les fois que raisonnablement il peut le faire.

Nous répéterons avec insistance dans ce livre que tout tireur qui souhaite devenir un champion doit participer à un minimum de douze matches par an.

Par une rencontre répétée avec la pression du match, le tireur apprend – d’habitude de façon régressive – à accepter celle-ci, et à ne pas avoir peur de la pression elle-même.

Et il peut s’aider lui-même à l’accepter en se souvenant de ceci : il n’est pas le seul à affronter la pression du match.

Si de part et d’autre il examine avec attention le pas de tir, il verra que personne n’est exempt de celle pression.

Un tireur de notre connaissance commence chaque match en examinant tout le pas de tir et en se disant, “Eh bien, je suis le meilleur aujourd’hui et si je sens la pression, je dois me souvenir que tous les autres la subissent”.

Il gagne régulièrement ses matches.

La deuxième étape est d’apprendre à se servir de la pression du match.

Chacun va probablement la rencontrer toutes les fois qu’il affronte une vraie compétition, et en fait personne ne veut vivre le match sans elle. Elle est, en réalité, un avantage positif. A cause de l’excitation nerveuse, l’œil accommodera avec un peu plus d’acuité ; le doigt sera un peu plus sensible sur la détente ; la peau sera plus sensible au vent, et l’esprit sera plus sensible à l’état des muscles du corps.

Ce sont toutes des choses positives qui peuvent permettre au tireur d’atteindre une performance supérieure à celle qu’il obtient lors d’une séance routinière d’entraînement, où ses sens sont tous un peu endormis.

C’est maintenant que devient importante la deuxième phase de la pression du match.

Le carabinier peut penser :

“Très bien, mes cinq sens sont à leur maximum. Mais cela va me rendre plus enclin à être plus distrait. Que puis-je faire contre cela ? ». La réponse est qu’il doit exercer sa discipline mentale.

C’est une réponse qui ne donne peut-être pas beaucoup de confort.

La discipline mentale est difficile. Mais il n’y a pas moyen de venir à bout de la pression du match autrement que par la discipline mentale.

Et la seule façon d’acquérir la discipline mentale passe par l’entraînement, par l’entraînement, par l’entraînement.

Un individu apprend à exercer sa discipline mentale en apprenant d’abord à se bien concentrer sur les fondamentaux, et puis en développant sa période d’attention jusqu’à pouvoir être concentré sur toute la durée d’un match.

La dernière étape du développement de la discipline mentale est l’utilisation des matches comme support d’entraînement.

Une raison pour cela est qu’il faut s’acclimater aux pressions des conditions du match de façon à apprendre à se concentrer sous ces mêmes conditions.

La seule façon d’atteindre ce but est de participer à des matches.

En moyenne il faut participer à un match par mois. Il faut choisir un match où “on tirera pour le record” – à fond pour le meilleur résultat possible – et considérer tous les autres matches comme simple support d’entraînement, comme séance d’apprentissage ou se préparer pour “le grand jour”, même si “le grand jour” est celui d’un petit match local.

Lors des autres matches le tireur ne se donnera pas à fond pour gagner – il gagnera peut-être, mais ce sera par accident. Il tirera le match d’abord pour se familiariser avec l’action de tir dans des conditions de match.

Lors de ces matches d’entraînement, il ne faudra pas craindre d’expérimenter de nouvelles techniques pour améliorer son efficacité sous la pression. Le tireur essaiera peut-être des méthodes pour établir et organiser son équipement en vue d’une meilleure efficacité.

Le temps ainsi économisé non seulement a de la valeur en lui-même, mais donne confiance en sa capacité à être efficace.

Le tireur élaborera peut-être une procédure qui lui permettra de suivre une cadence dans son tir.

Par-dessus tout, il devra travailler à se concentrer uniquement sur son action de tir, au moment où il saisit sa carabine pour tirer un gros point.

Il devra construire sa discipline mentale en faisant l’effort de se concentrer sous la pression du match.

Progressivement, comme il tire de plus en plus de matches, il va acquérir la capacité de discipliner ses activités mentales.

Les ingrédients essentiels sont l’exposition répétée à la pression, l’effort répété et le temps.

La réussite ne viendra pas instantanément, mais elle viendra

Cela vaut la peine de répéter un principe important : chaque pensée et chaque action doivent être positives. Ceci demande sans doute un travail considérable car les pensées négatives sont normales sous la pression du match. Cependant, une approche entièrement positive du tir peut être développée si elle est cultivée et répétée jusqu’à devenir une habitude mentale enracinée.

La raison d’une approche positive est claire: si l’individu se concentre sur un contrôle positif de son action de tir, il la contrôle vraiment; s’il a des pensées négatives sur ce contrôle, il ne la contrôle en aucune façon.

Le tireur qui porte sa concentration sur l’exécution d’une poussée douce sur la détente, si sa concentration est assez profonde, est simplement en train de faire cela – appuyer doucement sur la détente.

Le tireur qui pense “Je ne dois pas bouger mon épaule pendant que j’appuie sur la détente” va vraisemblablement le faire bouger son épaule. C’est pourquoi le tireur de bon niveau, ressentant l’anxiété de perdre un point ou deux, ne doit pas penser à la faute qu’il pourrait faire.

La relation entre la pensée et le résultat pourrait presque être posé comme égalité :

  • une pensée positive égale un résultat positif
  • une pensée négative égale un résultat négatif

Contrôler la pression du match : quelques tuyaux pratiques.

Dans les pages suivantes nous essaierons de vous transmettre quelques astuces pratiques pour faire face à la pression du match. Ce sont quelques-unes des meilleures techniques que nous avons vues, mais elles ne sont en aucune façon les seules. Elles ont été cependant employées avec succès par nombre de tireurs.

Avant le match : rester occupé.

Le tout premier symptôme de la pression du match est la tension d’avant le match – les “nerfs”, les “papillons dans l’estomac”, ou le “trac”, que chacun ressent probablement quand s’approche un match important. Eprouver cela est cependant tout à fait normal et naturel. Et ce n’est malgré tout rien d’autre que l’anticipation de la pression du match elle-même.

Quelques techniques simples, pratiques, peuvent aider à dissiper cette tension anticipée. La méthode la plus couramment utilisée est ce truc bien connu d’occuper son esprit à penser à autre chose que ce match à venir. Il existe probablement un nombre infini de moyens pour ce faire, et chacun peut découvrir une méthode qui lui convient.

Certains tireurs jouent aux cartes ou aux échecs ou aux petits chevaux où à tout autre jeu qui n’est pas physiquement fatigant.

D’autres choisissent de s’asseoir pour parier de diverses choses en rapport avec le match.

D’autres encore préfèrent faire la tournée des exposants pour acheter quelque nouvel équipement.

Presque n’importe quoi occupant l’esprit remplira cette fonction.

Certains tireurs ont développé des habitudes de préparation psychologique qu’ils suivent juste avant de se présenter sur le pas de tir.

La technique la plus courante consiste à respirer profondément et se détendre physiquement par un effort conscient. Certains choisissent de rester debout, les yeux fermés, et, en respirant profondément et régulièrement, se préparent à se concentrer sur le seul acte de tir.

D’autres font la même chose, mais assis, ou bien allongés au sol de toute leur longueur.

Certains ne suivent pas cette méthode de profondes respirations, mais simplement restent assis ou couchés, tranquilles, les yeux clos, et se préparent à se concentrer.

D’autres encore, assis ou couchés, se concentrent calmement pour détendre, l’un après l’autre, chaque muscle de leur corps, et alors, quand ils sont complètement détendus, conservent cet état interne, pendant, plusieurs minutes au moins.

Ce sont simplement des façons différentes d’occuper l’esprit avec autre chose que le match à venir.

Vous trouverez peut-être qu’un de ces trucs marchera pour vous – ou peut-être quelque autre technique développée par vous-même vous satisfera davantage. La technique que vous utiliserez n’a pas d’importance, l’important est que cette technique soit efficace pour vous.

Il existe une autre technique pour contrôler la tension d’avant le match, utilisée par une petite minorité de tireurs.

C’est la technique communément appelée “rentrer en soi-même”.

C’est ce que fait d’habitude celui qui s’évade de lui-même et qui plonge dans une profonde concentration.

C’est une technique employée par les athlètes d’un certain nombre de sports, et qui n’est pas aussi inhabituelle qu’elle le paraît.

Bien qu’elle puisse passer pour une sorte d’auto-hypnose, ce n’est sans doute pas le cas, au moins dans le sens normal de cette expression.

Apparemment les individus qui emploient cette méthode peuvent contrôler si complètement leurs processus mentaux qu’ils peuvent, en imagination, “vivre” le déroulement de l’événement futur.

Ils déroulent, l’une après l’autre, les diverses étapes de la performance qu’ils veulent réaliser.

En résumé, ils prévoient l’action et sont complètement absorbés par ce processus imaginaire.

Il semblerait que cette technique ne marche que pour quelques individus, bien que personne ne puisse dire avec certitude que quiconque est incapable de l’employer.

Si cette technique est bonne pour vous, elle est vraisemblablement aussi bonne qu’une autre pour affronter la pression de la compétition qu’on éprouve avant le match.

Quelques possibilités et quelques réserves…

Au cours des siècles ont été développées de nombreuses techniques pour atteindre le calme intérieur. Les plus connues sont assez anciennes, et comprennent le mysticisme chrétien, le Zen, et le yoga.

Les exercices mystiques chrétiens comprennent ceux de Saint Jean de la Croix et ceux de Saint Ignace de Loyola.

Ce sont de rigoureux exercices mentaux et spirituels prévus pour libérer l’esprit des soucis temporels. Les exercices du Zen et du yoga sont semblables dans leurs buts, mais les formes de ces exercices ont proliféré dans une grande variété, et sont habituellement enseignées par des individus qui ont développé une variante particulière d’une technique de base. Le Zen serait sans doute particulièrement adapté au tir à la carabine, car une de ses formes a été spécialement prévue pour les exercices de tir à l’arc.

Il faut insister maintenant sur deux choses. La première est qu’on ne connaît pas aujourd’hui l’utilité d’un quelconque de ces exercices comme moyen d’affronter la pression du match.

La seconde est que, s’ils sont utiles, seule une forme pure, authentique, de ces exercices pourrait avoir une certaine valeur.

Aujourd’hui, des cours de Zen et de yoga sont proposés au public dans plusieurs grandes villes d’Europe et d’Amérique.

Nous sommes peut-être des cyniques endurcis, mais nous soupçonnons que beaucoup des “maîtres” en ces matières se sont eux-mêmes proclamés experts pour se faire facilement de l’argent.

Cependant, en même temps, nous ne nierons pas que les formes authentiques de ces exercices spirituels ou mentaux (et, parfois, physiques) puissent avoir quelque valeur pour le monde du tir.

A ce jour il y a peu d’informations sur ce sujet.

La psychologie, la psychiatrie et la psychanalyse peuvent aussi aider les tireurs qui ont besoin de développer leur confiance en eux.

Cette possibilité fut mise en évidence de façon théâtrale par l’amélioration soudaine du niveau de performance d’une certaine équipe de tir au cours de sa préparation pour les championnats du monde 70.

Alors que précédemment un faible nombre de ses tireurs se plaçait vers le haut des classements, cette équipe amena un grand nombre de ses membres, en haut du palmarès.

Cette transformation semble être avant tout le résultat du travail d’un psychologue qui voyagea avec les tireurs et réussit à leur insuffler confiance en leurs possibilités de compétiteurs.

Il faut cependant mettre en relief qu’aucune branche de la psychologie ne peut donner instantanément cette confiance, ni permettre à un tireur de tirer au-dessus du niveau de capacité physique qu’il a atteint par l’entraînement.

Ni le psychologue, ni le psychiatre, ni le psychanalyste n’a le secret qui fera de vous un meilleur tireur.

Si quelqu’un n’a pas la confiance pour bien mener un match, un conseil psychologique peut être utile.

Cependant on ne peut recommander une telle démarche que si ce manque de confiance est un obstacle à fonctionner au plein niveau de ses capacités physiques.

Une telle aide peut aussi être utile à la personne qui a d’autres problèmes émotifs freinant ses performances – un caractère emporté, par exemple, ou un refus de.

L’échec tel que sa première mauvaise balle du match lui donne aussitôt envie d’abandonner.

Le mieux est de chercher une aide psychologique sur les recommandations d’un conseiller ou d’un médecin compétent.

Pendant le match : des techniques de concentration.

La bonne façon de contrôler la pression pendant un match est de garder sa concentration entièrement sur l’exécution du tir. En général les meilleurs tireurs emploient l’une des deux techniques suivantes pour arriver à ce résultat.

La première technique est de se plonger dans une concentration totale et de rester à ce niveau jusqu’à la dernière balle à tirer dans chaque position. Les tireurs qui procèdent ainsi atteignent cet état de concentration pendant les balles d’essai avant de commencer le tir pour le record.

De la première à la dernière balle du match de chaque position, ils sont complètement absorbés dans un monde psychologique entièrement à eux.

Apparemment ils n’entendent pas les gens autour d’eux, et même semblent ignorer leur existence. Ils sont complètement et exclusivement absorbés par la réalisation de leur geste de tir.

D’habitude, mais pas toujours, ces tireurs n’essaient pas de maintenir un tel niveau de concentration au-delà de la dernière balle de chaque position, car l’effort mental exigé risque de produire une fatigue excessive.

Avant chaque nouvelle position, ils font une pause, vont marcher un peu, et essaient de se relaxer sans se déconnecter complètement.

Cette méthode est la plus exigeante et la plus difficile des deux méthodes de concentration.

D’autres tireurs font appel à une technique différente, qui alterne des moments de complète concentration et des moments où ils dévient leur attention vers d’autres objets.

Alors qu’ils tirent pour un point maximum, ils lâcheront deux ou trois balles, puis, sans abandonner leur position, ils tourneront la tête pour voir ce qui se passe derrière le pas de tir.

Peut-être bavarderont-ils brièvement avec des spectateurs, ou écouteront-ils leurs conversations. Après cette brève période de repos, alors ils reprennent une concentration complète, et, ferment leur état conscient à tout ce qui n’est pas leur acte de tir.

Eux aussi, d’habitude, feront une pause avant chaque nouvelle position, marcheront un peu, et essaieront de se détendre sans “se déconnecter” psychologiquement.

L’expression “se déconnecter” se rapporte ici à la relaxation psychologique complète qui survient quand une personne estime qu’elle n’a plus besoin de faire un effort. Elle “se déconnecte” de la tension psychologique nécessaire pour faire cet effort.

L’entraînement pour un match important comprend d’habitude un long effort continu consacré à se mettre physiquement et psychologiquement “à point” pour le grand jour.

La croyance courante est que inévitablement l’entraînement “passe par un maximum”, mais ce phénomène du maximum, au moins pour les tireurs, est très probablement le résultat de cette expérience purement psychologique de déconnexion et donc d’abandon du désir ou de la volonté de faire un effort supplémentaire.

Une fois que le tireur s’est complètement déconnecté, il lui faudra peut-être plusieurs jours ou semaines pour revenir à un état psychologique proprement adapté à la compétition.

C’est donc complètement au désavantage du tireur que de se laisser aller à se déconnecter pendant un match.

Très probablement sa concentration pendant le reste du match sera sérieusement altérée.

Quelle que soit la technique de concentration que vous utiliserez pendant un match – soit une concentration continue pendant une position, soit une concentration alternant avec de brèves périodes de détente.

Il sera sage d’éviter la décontraction totale. Détendez-vous physiquement en parlant à des spectateurs ou à d’autres compétiteurs, si vous le souhaitez.

Mais ne vous relâchez pas psychologiquement.

Si vous voyez un autre concurrent qui, pendant le changement de position, est complètement détendu psychologiquement et s’amuse beaucoup à raconter des plaisanteries et revivre le déroulement de la position précédente, soyez satisfait – vous allez le battre.

Il ne sera pas capable de se concentrer correctement quand il reprendra la suite de son match.

Le déroulement mental planifié.

Une des meilleures techniques pour rester concentré durant un match est de prévoir un déroulement mental et ensuite de respecter cette prévision durant le match quoi qu’il arrive. C’est réellement votre planification de discipline mentale.

Bien sûr, cet enchaînement mental devra être approfondi et répété durant les séances d’entraînement, où il peut être modifié à tout moment comme des idées nouvelles d’amélioration vous viennent à l’esprit.

Mais, pendant le match, restez sur le déroulement que vous avez prévu.

Le déroulement devra garder votre esprit complètement absorbé, et ceci est, bien sûr, une de ses vertus, car il élimine les pensées parasites qui provoquent la pression du match.

Le déroulement devra reposer sur l’alternance de périodes de concentration sur l’exécution et d’analyse de l’exécution du tir. Vous vous concentrez sur l’exécution pendant chaque geste de tir lui-même.

Vous analysez l’exécution après la réalisation de chaque coup.

L’enchaînement que vous mettez au point pour accomplir cette analyse devra convenir à vos propres besoins, mais il devra comprendre un examen complet de votre environnement interne durant chaque coup, du recul et du suivi du coup, et de la situation du vent avec ses effets (si le vent joue un rôle).

Etablir et suivre une séquence mentale après chaque coup aide à garantir que l’analyse sera complète.

Bien sûr cette analyse aidera à améliorer l’exécution du tir en éclaircissant les problèmes qui pénalisent peut-être cette exécution, et en trouvant des solutions à ces problèmes.

Ces solutions ne devront pas provoquer de changements importants de votre technique – uniquement de petits réglages de la position ou de l’équipement, et l’identification de nouvelles parties du corps devant être l’objet de votre concentration.

En bref, le déroulement mental aidera à la fois à chasser la pression du match et à garder au niveau le plus haut possible la performance physique.

Tirer des matches d’une balle.

En assistant à une compétition carabine importante, chacun découvrira sans peine que l’un des secrets évidents des champions de tir est que ceux-ci ne se laissent pas abattre par une mauvaise balle.

Les champions savent que chaque compétiteur lâchera probablement une ou deux mauvaises balles au cours de son match.

Comment évitent-ils de se faire du souci à propos de cette mauvaise balle qui vient d’arriver ?

Une bonne méthode est de développer cette habitude qui consiste à imaginer la série complète du match comme des matches d’une balle. Imaginer non pas un match de 120 balles, mais plutôt 120 matches de une balle chacun.

La personne qui pense de cette façon est plus portée à travailler chaque balle comme une performance unique. Ceci est évidemment nécessaire pour la concentration complète.

La nature de la compétition étant ce qu’elle est, il est très vraisemblable que, quand vous lâchez une balle particulièrement mauvaise, vous penserez à votre concurrent et à son score possible. Que cette pensée pénètre dans votre esprit ne signifie pas nécessairement que vous avez perdu votre discipline mentale.

Si vous pouvez penser, “Très bien, il m’a battu sur cette balle, mais je vais le battre sur la prochaine”, vous avez un net avantage sur la personne qui pense, “Cette balle m’a peut-être coûté le match”.

Imaginer le match comme 120 balles interdépendantes tend à rendre plus sensible à la pression du match dans le cas d’une mauvaise balle ; imaginer 120 matches de une seule balle ouvre les portes d’une série continue de succès et rend possibles la confiance et la concentration positive.

Rester calme et s’accrocher.

Deux autres précieuses attitudes à tenir sont, garder son calme dans toutes les circonstances, et ne jamais abandonner. Elles sont très apparentées. Vous restez calme en ne laissant quoi que ce soit influer sur vos émotions.

Absolument rien ne peut vous troubler si peu que ce soit, ni un mauvais aménagement du stand, ni des distractions sur le pas de tir, ni le comportement ou les commentaires d’autres tireurs, ni des conditions de vent changeantes, ni un orage, ni rien d’autre.

Vos émotions sont complètement indépendantes de toutes ces choses ; toute votre implication est intellectuelle, et elle peut à tout moment se limiter à la seule exécution du tir. Cette attitude s’apprend par un entraînement dirigé vers le développement d’une complète autodiscipline, ce qu’est la seconde attitude, qui est de ne jamais baisser les bras, quoi qu’il arrive.

L’aménagement du stand peut vous sembler prévu pour vous frustrer, le vent et la pluie vous semblent peut-être rendre le tir impossible – mais vous vous accrochez et vous n’abandonnez pas. Au contraire, considérez que ces conditions difficiles sont vos amies – elles donnent aux autres tireurs l’envie d’abandonner ; et quand ils le font, c’est vous qui avez gagné.

Les conditions difficiles gênent tout le monde. Elles vont évidemment affecter votre score. Mais même si votre score est diminué, les scores des autres seront plus diminués que le vôtre, à condition que vous vous accrochiez plus que les autres. Restez calme et ne vous arrêtez pas. Vous pouvez gagner beaucoup de matches de cette façon.

Affronter un concurrent sérieux.

Si vous devez affronter en match un concurrent particulièrement sérieux, cela vous aidera d’avoir confiance en deux faits objectifs.

L’un est votre propre entraînement. Si vous vous êtes entraîné à tirer un score gagnant, vous devez savoir que cet entraînement vous servira pendant le match, que vous pouvez tirer un score gagnant.

Le deuxième fait est celui-ci : vous pouvez prendre conscience que votre sérieux concurrent sera battu un jour ou l’autre. C’est un fait certain qu’il sera battu un jour ; et vous pouvez très bien être celui qui le battra. Vous vous êtes entraîné pour le battre et il peut être battu.

Prendre conscience de ces deux faits vous fera faire un bon bout de chemin vers le point où vous serez libéré de la pression du match et capable de vous concentrer sur l’exécution du tir, et donc vers la réalisation du score qui vous fera gagner.

Prendre plaisir au match.

Enfin, apprenez à prendre plaisir au match, et souriez. Les tireurs qui gagnent régulièrement les matches importants semblent s’amuser, quand ils sont sur le pas de tir.

Et il faut l’admettre – ils s’amusent. Ils prennent plaisir à maîtriser les habiletés qu’ils ont acquises et qu’ils mettent en œuvre maintenant en compétition.

Chacun d’eux prouve, bien plus à lui-même qu’aux autres, qu’il est son propre maître – maître de son corps, de son intelligence, de ses émotions.

Il éprouve une satisfaction intensément personnelle qui vient non pas de battre les autres (bien que cela en fasse partie), mais d’avoir obtenu une vraie preuve d’autodiscipline – d’avoir battu les forces délirantes qui sont en lui-même.

Il sait que la pression du match vient non pas du match lui-même, mais des forces qui sont à l’intérieur de celui qui affronte le challenge du match – et il a vaincu ces forces.

La personne qui sourit et qui sur le pas de tir se montre gaie et confiante se met probablement dans un bien meilleur état d’esprit pour gagner. Sourire vous fait paraître confiant.

Cela amène les autres concurrents à pressentir votre propre confiance, et va probablement augmenter la pression qu’ils éprouvent.

Et non seulement un sourire vous fait paraître confiant, il vous aidera à être vraiment confiant.

Tous les psychologues savent qu’un ingrédient essentiel du bonheur personnel est de s’aimer soi-même.

Un carabinier qui s’est entraîné et dominé au point de devenir un gagnant a mérité le respect de soi-même, et s’en aime d’autant plus.

Bien sûr la même chose serait vraie a un certain point pour toutes les sortes de réussites, mais elle est particulièrement vraie pour ce défi particulier qu’est la compétition de haut niveau à la carabine.

Parce qu’il a fait ses preuves, un champion de tir n’éprouve aucun besoin d’être tapageur, vantard, ou grossier ; au contraire, il a d’habitude un comportement tranquille et assuré, et pourtant il est courtois envers chacun. Il s’est prouvé ce que quiconque voulant être un adulte doit se prouver – qu’il peut rencontrer un challenge et l’affronter.

Donc si vous pouvez vous entraîner à affronter le challenge du tir – au niveau que vous choisissez – allez de l’avant et souriez.

Cela exprimera la confiance en vous que vous éprouvez au plus profond de votre être. C’est le sourire du succès.

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